Méditerranée : 8 000 morts en 5 ans – l’indifférence coupable

Bateau de migrants

Bateau de migrants

8 000 morts en 5 ans dans la Méditerranée. C’est le décompte macabre réalisé par le Haut-commissariat aux réfugiés (HCR) et l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). 8 000 hommes, femmes et parfois enfants qui confrontés à l’horreur de la guerre, aux persécutions multiformes ou au supplice de la faim ont voulu changer leur destin en rejoignant l’Europe. Oppressés dans leurs pays, victimes de la cruauté des passeurs, rejetés par l’Europe, ces 8 000 hommes et femmes gisent dans les tréfonds de la Méditerranée devenue le plus grand cimetière marin.

Parler des morts de la Méditerranée c’est d’abord s’insurger contre l’immobilisme et le désintérêt affichés par les pays africains face à la mort de leurs citoyens. Ni actions, Ni réactions. Les chefs d’Etats africains, souvent plein de dynamisme pour exprimer leur solidarité à leurs homologues occidentaux au moindre soubresaut deviennent insensibles quand il s’agit de leurs compatriotes.  Pourtant dans ce drame, leur responsabilité est grande. A l’origine de ces migrations de la mort, n’y a-t-il pas des états qui ont failli à assurer la sécurité et le bien-être de leurs populations ?

Nombre d’Etats d’Afrique sont en fait soit des Etats totalement désorganisés par des conflits armés ou des dictatures où un despote appuyés par des militaires tient le pays d’une main de fer. Dans ce contexte, quel autre choix que de s’expatrier ? Bien qu’ils sachent que l’issue peut-être tragique, des hommes et des femmes, pour donner un avenir à leur famille prennent le risque de confier leurs vies à des passeurs, sans foi ni loi pour rejoindre l’Europe. L’issue est souvent fatale.

Comment ne pas s’étonner de l’attitude de l’Union Africaine, inaudible devant un drame d’une telle ampleur ? C’est peut-être là la preuve que l’organisation panafricaine s’affirme comme une coquille vide et décorrelée des peuples d’Afrique.

Parler des morts de la Méditerranée c’est aussi s’insurger contre ces pays si prompt à aller conduire des guerres susceptibles de déstabiliser des régions entières mais si réticents quand il s’agit d’accueillir les réfugiés.  Chaque jour, des dizaines et parfois des centaines de migrants meurent dans l’indifférence générale. Comment peut-il en être autrement dans des sociétés occidentales où l’étranger « noir » ou « arabe » est souvent présenté comme « la misère du monde » ?

Après tout, qui sont ces gens ? Ils ne méritent certainement pas cette si « grande » Europe peut-on penser. Qu’ont-ils fait pour l’Europe qui leur ferait mériter notre accueil entend-t-on parfois ? Poser ces questions c’est méconnaitre l’histoire, la culture et la façon dont s’est construite l’économie européenne au fil des siècles. Est-il besoin de rappeler comment l’Europe s’est enrichie au travers de l’exploitation de ces peuples par le biais de l’esclavage puis de la colonisation puis du néo-colonialisme ? Est-il besoin de rappeler comment aux moments les plus sombres de l’histoire européenne, des milliers d’étrangers se sont engagés aux côtés des forces alliés pour défendre la liberté d’un continent qui n’était pas le leur ? Doit-on parler des ceux qu’on nomme « immigrés » en Europe, qui chaque jour travaillent avec acharnement pour son prestige ?

Lorsqu’en 5 ans, l’humanité perd 8 000 membres, non pas à cause d’un conflit, non pas à cause d’une catastrophe naturelle, mais parce que ces gens étaient simplement mus par la volonté de rejoindre l’autre rive de la Méditerranée, il faut se poser les bonne questions. N’est-il pas des moments où notre humanité prime sur les mers et frontières qui tracent les contours artificiels de nos états ?

Mays MOUISSI

Vous avez aimé cet article? Encouragez nous et partagez-le sur vos réseaux sociaux.

Mays Mouissi

Pour les renseignements biographiques se reporter à la page "A propos".

Vous aimerez aussi...