Gabon : Ouvrir le capital des banques publiques pour éviter la faillite

Poste-GabonChaque année depuis 2013, à l’occasion du rapport annuel publié après les consultations réalisées au titre de l’article IV, le FMI alerte le gouvernement sur la situation financière dégradée des 3 banques publiques à savoir la Poste Bank, la Banque gabonaise de développement (BGD) et la Banque de l’habitat du Gabon (BHG). Dans un rapport publié le 18 mars 2016, le FMI a réitéré la nécessité de trouver des solutions urgentes pour redresser les banques publiques dont la situation a continué de se dégrader. Cependant, la situation financière du Gabon, dont les ressources ont fortement baissé en raison de la conjoncture économique, ne permet pas d’engager les sommes attendues pour restructurer et recapitaliser ces 3 établissements. Dans ce contexte, il convient d’envisager une ouverture du capital de ces établissements à des partenaires privés stratégiques afin d’assurer leur survie.

3 banques publiques en difficulté

Malgré des positionnements différents, les difficultés de la Poste bank, de la BGD et de BHG ont des origines plus ou moins similaires : des problèmes de gouvernance et une gestion des risques non-conforme aux exigences rigoureuses auxquelles les établissements bancaires sont astreints.

Malgré une situation particulière et un positionnement singulier né de l’héritage de l’activité historique d’épargne postale, Poste bank s’est engluée des problèmes de gestion, un modèle d’entreprise non-éprouvé et un sureffectif qui perturbe ses effectifs financiers. Il convient de rappeler à ce stade que depuis l’éclatement de l’office des postes et des télécommunications (OPT) en 2 entités distinctes (Gabon Poste et Gabon Télécom), l’Etat reste à devoir à Poste SA plusieurs milliards FCFA qui manquent cruellement aux comptes de l’entreprise aujourd’hui. La Poste SA, en déficit de 142 milliards FCFA, traine une dette de plus de 90 milliards FCFA envers ses clients (75 milliards FCFA), des homologues (9.6 milliards FCFA) ou encore Western Union (5 milliards FCFA).

D’à peine 25 milliards FCFA, le capital BGD ne lui permet pas d’assurer pleinement et de façon efficace ses missions de Banque de développement. Malgré la fusion-absorption intervenue avec le Fond d’expansion (FODEX) et le Fonds d’aide et de garantie (FAGA) en 2010, le BGD n’a jamais atteint la taille critique indispensable pour ce type d’activité. Comme avec Poste Bank, les problèmes de gestion et de gouvernance ont contribué à affaiblir la BGD tout comme la qualité de certains crédits accordés. Rappelons enfin, qu’en absorbant avec le FODEX et le FAGA, la BGD a aussi récupéré le passif de ces entités et de nombreux débiteurs n’ont jamais acquitté leur dette auprès de la BGD.

La BHG en plus d’un positionnement qui limite fortement son activité dans le contexte du marché gabonais du logement a eu dès son lancement un problème de business modèle.

Recapitaliser, Restructurer ou Mourir

Dans les situations dans lesquelles elles se trouvent, peu de solutions autres que la restructuration et/ou la recapitalisation sont susceptibles d’éviter la faillite à Poste bank, BGD et BHG.

La restructuration appelle de profondes mutations internes qui se traduiraient certainement par des licenciements, la mise en place d’une organisation interne efficace, un modèle d’entreprise efficient, une meilleure gouvernance et une gestion des risques plus rigoureuse ou encore la cession de certains actifs.

La recapitalisation appelle quant à elle une injection de liquidités en quantités suffisantes pour renflouer ces établissements et permettre une relance des activités dans des conditions saines. Ce processus doit tenir compte de la dégradation de l’image de ces établissements et de la crise de confiance particulièrement visible chez les clients de la Poste bank dont la volonté de retrait massif de leur épargne a été freinée par le plafond de retrait journalier imposé par les autorités.

La crise de liquidité aigüe à laquelle fait face la Poste bank a fini par contraindre l’Etat à agir. A ce stade la réaction de l’Etat s’est traduite par 4 actions :

–    Le remplacement du PDG de la Poste S.A. sans pour autant que son prédécesseur ne soit entendu ou inquiété pour sa gestion ;

–    L’injection de liquidité dans des proportions relativement limitées au regard de la persistance de la crise au sein de Poste S.A.

–    La garantie des dépôts ;

–    La limite de retraits des déposants individuels.

L’Etat peut-il en faire plus ?  Sa situation budgétaire rappelle que les capacités financières de l’Etat sont limitées. Dans ce contexte chaque FCFA investi dans le redressement de Poste bank et ses 2 consœurs est autant d’argent qui manque au financement de projets structurants indispensables pour le Gabon.

Pour la Poste comme pour la BHG, l’ouverture du capital à des partenaires bancaires stratégiques devrait être envisagée. L’Etat se désengagerait partiellement et laisserait ainsi place à des capitaux privés majoritaires. En plus de l’apport en capitaux, l’ouverture au privé des 3 banques publiques aurait le mérite de changer radicalement le modèle et la qualité de la gouvernance. Le contrôle de ces établissements étant assuré par des privés, leur gestion serait résolument orientée vers la recherche du profit et des stratégies commerciales efficaces seraient construites.

Par ailleurs l’ouverture du capital de ces banques à des privés serait une solution intermédiaire satisfaisante pour que ces établissements continuent d’exister d’autant que le FMI n’hésite pas à proposer une mise en faillite si l’analyse Avantage/Coût s’avérait défavorables.

Quant à la BGD, son modèle de banque de développement, est de nature à peu intéresser les partenaires privés. Ce cas particulier commande de trouver d’autres solutions pour assurer son redressement.

Mays Mouissi

Sources principales :
–    Rapports des services du FMI à la suite des consultations au Gabon réalisées au titre de l’article IV (pour les années 2013 à  2015)

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Mays Mouissi

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