Pétrole : Vers un assèchement des recettes des pays africains producteurs

PétroleLes pays africains producteurs d’hydrocarbures sont particulièrement attentifs à la situation de leurs finances publiques en ce début d’année 2015. La baisse continue des prix du pétrole pèse déjà sur leurs recettes et la structure de leurs économies, souvent fortement dépendantes des revenus pétroliers, fait qu’ils sont peu résilients aux fluctuations des prix. Par ailleurs, la nature de leur production (en partie off-shore) et leur volume de production (plus faible que celui des pays du golfe) les rend peu compétitifs dans un contexte de prix bas.

Des budgets construits sur des hypothèses trop optimistes

En 14 mois, les cours du pétrole ont perdu près de 70% de leur valeur. Alors qu’il s’échangeait à plus de 100 USD le baril en septembre 2014, le WTI a franchi à la baisse le seuil symbolique de 32 USD le baril ce 11 janvier 2016. Pour les pays africains producteurs de pétrole, ce niveau de prix est déjà inférieur aux hypothèses sur la base desquelles leurs budgets 2016 ont été construits.

En effet, l’Angola tablait sur un prix moyen du baril à 43 USD, la loi de finances du Gabon a pris pour hypothèse un prix moyen du baril égale à 40 USD, le Nigéria projetait un baril moyen de 38 USD tandis que l’Algérie prenait pour référence un baril moyen en 2016 de 37 USD. Au regard du niveau des prix auquel s’échange le pétrole depuis le début de l’année, tout laisse à croire que les budgets de certains pays africains producteurs ont été construits sur des hypothèses bien trop optimistes.

Si le niveau actuel des prix du pétrole devait se maintenir pendant toute l’année, ces pays enregistreront un manque à gagner compris entre 5 et 11 USD sur chaque baril vendu (hors décotes éventuelles). Une situation qui aurait pour effet de baisser le niveau de recettes réelles de ces pays qui se trouveraient bien en-deçà des prévisions budgétaires avec une conséquence certaine sur le financement des charges et autres dépenses de ces Etat. Certes nous ne sommes qu’en début d’année budgétaire pour certains pays (à mi-année pour le Nigéria), il n’en demeure pas moins que le contexte de marché est plutôt favorable à une baisse des prix ;

Les prix du pétrole peuvent baisser encore

Actuellement à 31,36 USD le baril, les cours du pétrole ne cessent de baisser du fait de la conjugaison de plusieurs facteurs :

–    Une trop grande quantité de pétrole est disponible sur le marché : En effet, le très haut niveau de prix enregistré jusqu’en septembre 2014 avait permis de rendre rentable l’exploitation des gaz et des pétroles de schiste aux Etats-Unis, l’exploitation des sables bitumineux dans la province canadienne de l’Alberta, l’exploitation de plateforme off-shore ultra profond au large du Brésil et de la côte ouest africaine. Le marché s’est ainsi trouvé inondé d’une très grande quantité de pétrole tirant les prix à la baisse.

–    Le retour de l’Iran et les tensions avec l’Arabie Saoudite : L’Iran est rentré dans un processus de normalisation de ses relations économiques et diplomatiques. Ce dégel devrait entrainer une levée des sanctions internationales envers l’Iran et marquer le retour du pétrole iranien sur les marchés. Son rival historique, l’Arabie Saoudite, dont les coûts d’exploitation et de production pétrolière sont particulièrement faibles a choisi d’inonder les marchés dans le but de maintenir un niveau de prix bas, à la fois pour limiter les recettes futures de l’Iran et tuer le business model de ses concurrents (nord-américains notamment) qui exploitent les pétroles de schistes.

–    L’absence de consensus au sein de l’organisation des pays exportateurs de pétrole (l’OPEP) : Au cours de ces dernières réunions, les pays de l’OPEP, n’ont pas réussi à s’accorder sur une baisse de leur production pour faire remonter les cours. Au contraire ils se sont séparés sur le statu quo sous la pression de l’Arabie Saoudite dont la stratégie semble pourtant claire. Par ailleurs, l’OPEP, très puissante dans les années 80, réunie 12 pays dont la quantité de pétrole écoulée ne représente plus que 40% de la production mondiale et réduit d’autant son influence.

Dans ce contexte, certains analystes à l’instar de la banque américaine Goldman Sachs prévoient que la chute des prix du pétrole pourrait se poursuivre et même s’échanger à 20 USD le baril dans le courant de l’année 2016. Une situation qui si elle se produisait serait catastrophique pour les pays africains producteurs.

Mays Mouissi

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Mays Mouissi

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