Gabon : La spirale de détournements qui affaiblit l’économie nationale

CorruptionAbus de biens sociaux, conflits d’intérêt, prises illégales d’intérêts, prédation des ressources publiques … Depuis quelques semaines la presse internationale révèle au monde un scandale économique et financier de grande ampleur basé sur un ingénieux système de captation des ressources publiques. Au Gabon, l’impunité a été érigée en règle de gouvernement pour protéger un régime prédateur. Principale victime ces détournements de fonds massifs, la population qui semble avoir perdu tout espoir en un avenir meilleur.

L’argent public consacré aux dépenses privées de la famille Bongo

Alors que les établissements scolaires et de nombreuses administrations sont fermés depuis près de 3 mois suite à une grève, les gabonais apprennent chaque semaine par des articles de la presse internationale comment la famille du Président de la République s’est enrichie au détriment de la population. Ainsi en 3 semaines a-t-on appris que :

–    Une partie succession de l’ancien Président de la République Omar Bongo (père de l’actuel Président) s’élevait à 300 milliards de FCFA sans qu’aucun héritier désigné ne puisse en justifier l’origine ni la façon dont ce patrimoine a été constitué ;

–    Les déplacements en avion d’affaires des proches d’Ali Bongo entre 2008 et 2010 ont été supportés par le budget de l’Etat à hauteur de 52,5 milliards de FCFA (86 millions $) ;

–    Sur la seule année 2010, la Présidence de la République a acquis des dizaines de véhicules de luxe dont Ali Bongo a lui-même affirmé que la charge financière avait été supportée par l’Etat ;

–    La sœur ainée d’Ali Bongo reste à devoir à la société française Blue Mendel 354 millions de FCFA suite des livraisons de produits de luxe et de « crèmes glacées ».

Concernant l’incroyable succession d’Omar Bongo, des documents de notaires rendus publics par le site d’informations en ligne Médiapart révèlent un mécanisme de prise de participation systématique de la famille Bongo dans les principales sociétés exerçant au Gabon. Ainsi observe-t-on que les sociétés qui bénéficient des marchés publics les plus juteux sont celles au sein desquelles la famille du Président de la République est actionnaire. A l’évidence, les règles de droits et d’orthodoxie financière qui prohibent le conflit d’intérêt, le délit d’initié et la prise illégale d’intérêts ont régulièrement été violées par le régime durant les 50 dernières années.

Neutralisation des organismes de contrôles

L’organisation politico-administrative de la République gabonaise étant inspirée de son ancienne colonisatrice la France, il existe pourtant des organes en charge du contrôle du gouvernement, des opérations budgétaires, des flux financiers illicites ou de la lutte contre la corruption. Cependant la longévité du régime en place (depuis près de 50 ans) a favorisé la neutralisation des organismes de contrôle.

C’est ainsi que l’Assemblée nationale qui reçoit du peuple le mandat de voter les lois et de contrôler l’action du gouvernement a vu son Président déclarer dans un communiqué solennel le  21 mars 2015 son indéfectible et irrévocable soutien au Président de la République. Comment dans ces conditions assurer un contrôle efficace sur le gouvernement qui n’est qu’une excroissance exécutive dont la composition est du ressort du Président de la République ?

Selon les dispositions de l’article 76 de la Constitution du Gabon, la Cour des comptes est en charge du contrôle des finances publiques. Le silence de cette juridiction dans un contexte où les médias révèlent des actes de concussion massifs peut sembler incompréhensible. Cependant, la présidence de la Cour des Comptes étant dévolu à un membre de la famille du Président de la République, on comprend que le silence de la Cour des comptes participe de la protection des intérêts familiaux. Il en est de même de l’Agence nationale des investigations financières en charge de la lutte contre les flux financiers illicites dont la Présidence est occupée par le cousin d’Ali Bongo.

Reste donc la Commission nationale de lutte contre l’enrichissement illicite dont le Président est nommé par ceux qu’il a la charge de contrôler. Il est donc soumis à l’acte d’allégeance et la commission qu’il dirige n’est pas connue pour sa grande efficacité.

Impunité et pauvreté endémique

L’impunité généralisée installée depuis des années au Gabon a conduit à une course effrénée à l’enrichissement illicite. Désormais, même dans des sphères éloignées du premier cercle du pouvoir, des fonctionnaires profitent de leur position dans certaines administrations pour organiser le détournement des fonds publics, sûrs qu’ils sont de ne pas être inquiétés. Ces détournements massifs, dont les dernières révélations médiatiques donnent un bref aperçu, donne une indication sur l’origine de la pauvreté endémique au Gabon.

En effet, selon les chiffres de la Banque mondiale, un tiers des gabonais vivent encore sous le seuil de pauvreté. Le système éducatif est décadent. Au cours de l’année scolaire en cours, sur 9 mois consacrés à la dispensation des cours, les élèves ont déjà perdu 3 mois en raison d’une grève des enseignants qui, lassés de tenir des classes de 90 élèves, réclament des meilleurs conditions de vie et de travail. Une revendication qui prend sens quand on sait qu’en 2013, 20 milliards consacrés à la construction de 60 lycées à travers le pays ont pris une direction inconnue.

Participation de la famille Bongo dans des sociétés au Gabon - Cliquer pour agrandir

Participation de la famille Bongo dans des sociétés au Gabon – Cliquer pour agrandir

Mays Mouissi

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Mays Mouissi

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