Gabon: Les 60 lycées financés par le budget de l’État que l’ANGT n’a jamais construit

Le lycée de l'Excellence de Libreville

Le lycée de l’Excellence de Libreville

Depuis plus de 6 mois, les enseignants gabonais sont en grève. Le durcissement du mouvement de grève du personnel enseignant fait planer sur le pays tout entier le spectre d’une année blanche. Sur la table du gouvernement, parmi les nombreuses revendications une a attiré notre attention : « L’amélioration des conditions de travail du corps enseignant ». Au Gabon il n’est pas rare en effet de croiser des classes de plus de 80 élèves, traduisant un déficit de salles de classe au niveau national. Pour vérifier que la politique d’investissement du gouvernement gabonais prend en compte la réduction du déficit infrastructurel dans l’enseignement nous avons analysé le budget de l’État* … et nous avons eu quelques surprises.

60 lycées et 10 internats financés mais introuvables

Afin d’améliorer les conditions d’études dans l’enseignement public du second degré, en 2013 le législateur a inscrit 20.17 milliards au budget de l’État destinés à la construction et à l’équipement d’établissements secondaires. Sur les 20.17 milliards, 14 milliards ont été affectés à l’Agence nationale des grands travaux (ANGT) pour le suivi et l’exécution des projets.

Dotations budgétaires aux infrastructures (enseignement du 2nd degré)

Cliquer pour agrandir : Dotations budgétaires aux infrastructures (enseignement du 2nd degré)

En analysant la Loi des finances on apprend que l’inscription budgétaire de 20,17 milliards aurait dû financer les dépenses suivantes :

–    60 nouveaux lycées et leur équipement (7.6 milliards FCFA)

–    10 nouveaux internats et leur équipement (2.5 milliards FCFA)

–    5 rénovations d’internats (781 millions FCFA)

–    1 lycée scientifique à Koulamoutou (4 milliards FCFA)

–    1 Collège d’enseignement secondaire à Mpaga (300 millions FCFA)

–    L’extension et l’équipement du CES de Cocobeach (1.15 milliards FCFA)

–    L’achèvement des autres travaux en cours (3.8 milliards FCFA)

Cependant 2 ans après le vote de Loi des finances et 1 an après l’exécution intégrale du budget 2013, les gabonais cherchent encore les 60 nouveaux lycées qui auraient dû être construits sous la conduite de l’ANGT. Il y a certes eu quelques nouveaux bâtiments dans l’enceinte du lycée national Léon Mba et dans la proche banlieue de Libreville mais il est clair que 60 lycées n’ont pas été construits au Gabon, ni en 2013, ni en 2014. Par ailleurs les 10 nouveaux internats dont la construction fut inscrite au budget de l’Etat sont eux aussi introuvables.

Il s’agit pourtant de travaux intégralement financés, la loi des finances 2013 ayant été exécutée dans son entièreté. On peut donc s’interroger sur la destination prise par les 10.1 milliards initialement prévus pour financer la construction de 60 nouveaux lycées et 10 nouveaux internats.

Les étranges inscriptions budgétaires en faveur du Lycée de Koulamoutou et du CES de Cocobeach

L’analyse de la Loi des finances 2013 interpelle également au niveau des dotations budgétaires affectées à la construction de 2 établissements qui semblent pour le moins démesurées. En effet, sous la référence 81.91.0.0.57, il a été attribué la somme de 4 milliards pour les travaux liés à la construction du Lycée scientifique de Koulamoutou. Comment comprendre que dans la même Loi des finances, la construction de 60 établissements soit évaluée à 7 milliards et que par ailleurs il soit affecté 4 milliards pour la construction d’un seul lycée, fut-il scientifique ?

Il en va de même pour les travaux d’extension et d’équipement du CES de Cocobeach pour lesquels le législateur, sous la référence 81.91.1.0.11, a affecté une enveloppe budgétaire de 1.14 milliards. Un montant qui laisse planer d’importants doutes de surfacturation du chantier.

Au moment de conclure cet article nous rentrons dans un autre jour, un jour supplémentaire où les jeunes du Gabon seront privés d’écoles, oisifs dans leurs quartiers en raison d’une grève dont on ne voit pas la fin. Cependant comment ne pas comprendre que des enseignants qui chaque jour ont en face d’eux plus de 80 enfants, qu’il leur revient d’instruire, s’insurgent entre autre contre le fait que des fonds destinés à la construction des salles de classes aient pris une destination inconnue ?

Mays Mouissi

* Analyse réalisée à partir de l’annexe explicative de la Loi des finances initiale 2013. Les dotations budgétaires affectées à l’enseignement du premier degré sont exclues du champ de l’analyse. Seules les dotations budgétaires destinées à l’enseignement du second degré ont été prises en compte.

Source principale :

Annexe explicative de la Loi des finances 2013 (Gabon)

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Mays Mouissi

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