CEMAC : Non à la dévaluation du FCFA, Oui à l’austérité

Le 23 décembre 2016, s’est tenu à Yaoundé (Cameroun), un sommet extraordinaire des Chefs d’Etats de la CEMAC sur la situation économique et monétaire de la zone. Ce sommet qui se tenait au lendemain d’une réunion des ministres de l’économie et des finances de la zone a vu la participation du ministre français de l’économie, Michel Sapin, et de sa compatriote Christine Lagarde, en sa qualité de directrice générale du FMI. Si le contexte économique difficile des pays de la CEMAC justifiait que se tienne une réunion de cette nature, l’ouverture d’un débat lors de ce sommet sur une possible dévaluation du FCFA, monnaie commune de des pays membres de la zone, était inattendue.

La dévaluation du FCFA, c’est Non

Les Chefs d’Etats de la CEMAC ont « relevés d’emblée que le renforcement de la stabilité macroéconomique ne nécessite pas un réajustement de la parité monétaire actuelle ». Inattendue, la première résolution du rapport final de la réunion des Chefs d’Etat a interpellé l’ensemble des milieux économiques et financiers de la zone ainsi que de nombreux citoyens.

Toujours évoquée comme hypothétique, la perspective d’une nouvelle dévaluation du franc CFA n’a jamais été aussi proche qu’au cours du dernier sommet des chefs d’Etats de la CEMAC. Le fait même qu’elle ait été débattue dans le cadre d’une réunion extraordinaire des Chefs d’Etats renseigne sur le fait qu’elle a été envisagée et que cette possibilité n’est plus à exclure d’office. Pire encore, si l’on reparle de dévaluation du FCFA, c’est peut-être que la situation économique actuelle des pays de la CEMAC est proche du contexte économique en vigueur dans ces pays au début des années 90 quand il leur a été imposé tour à tour une dévaluation monétaire de 50% puis un rigoureux plan d’ajustement structurel dont le FMI a mis 20 ans à reconnaitre qu’il s’était soldé par un échec.

Alors que la dévaluation du FCFA redevient un sujet de débat pour les Chefs d’Etats de la CEMAC, la BEAC, la France et le FMI, il est utile de rappeler que de nombreuses études permettent désormais de démontrer que la dévaluation monétaire de 1994 n’était ni nécessaire, ni suffisamment préparée et ne constituait en rien la solution aux difficultés économiques de l’époque. En outre, elle n’a pas permis d’obtenir les résultats économiques attendus, bien au contraire. Plusieurs pays parmi ceux qui ont subi la dévaluation de 1994 continuent de figurer parmi les pays les moins avancés de la planète et ne survivent que grâce aux aides qu’ils reçoivent de la communauté internationale. En outre, les principales victimes de la dévaluation de 1994 furent les populations, pour lesquelles elle s’est traduite par une augmentation généralisée des prix, alors que leur niveau de revenus est demeuré stable. La dévaluation du FCFA a accru la pauvreté.

Envisager une nouvelle dévaluation du FCFA, même si elle ne concernait que les pays de l’espace CEMAC, aurait des conséquences dramatiques au plan économique et social, toute chose égale par ailleurs. L’argument selon lequel une dévaluation monétaire favoriserait un afflux massif d’investissements étrangers n’a pas été vérifié, l’exemple de 1994 permet de le démontrer.

Les Chefs d’Etat de la CEMAC disent Oui à l’austérité

Si le principe d’une nouvelle dévaluation n’a pas été adopté au cours du sommet extraordinaire des Chefs d’Etats, la mise en place de politiques d’austérité a largement été plébiscitée. Ajustement budgétaire, gel des plafonds des avances statutaires de la banque centrale, financiarisation de la dette, baisse des dépenses publiques et surtout ouverture de discussions avec les FMI devant déboucher sur un nouveau programme d’ajustement structurel.

En termes simples, les Chefs d’Etat se sont accordés pour organiser des coupes dans les dépenses publiques de leurs pays respectifs sous la supervision du FMI, comme au milieu des années 90. Dans ce cadre, des baisses dans les dépenses d’investissement et dans les dépenses sociales sont à prévoir.

Certes, la situation économique est préoccupante dans certains pays de la CEMAC mais il convient de rappeler que la structure économique de ces pays n’est pas uniforme et il ne peut pas leur être appliqué des politiques d’austérité similaires qui ne tiennent pas compte des spécificités de chaque pays. Ce modèle a conduit à l’échec généralisé de la dernière vague des plans d’ajustement structurels mis en place par le FMI en Afrique. Ainsi, bien qu’il soit également un pays pétrolier, le Cameroun a une économie bien plus diversifiée que le Gabon, le Congo ou la Guinée Equatoriale. Par ailleurs, si le Gabon et le Tchad font face à de profondes difficultés économiques, ce n’est pas le cas du Cameroun qui résiste mieux et qui peux escompter jusqu’à 4% de croissance cette année.

La Centrafrique, quant à elle, seul pays non pétrolier de la zone, tente de sortir définitivement d’un long conflit armé qui a désorganisé toutes les structures étatiques. C’est unique pays de la sous-région dans cette situation.

Dans ce contexte, on peut se demander si l’austérité pour l’austérité sous l’égide du FMI est une bonne solution. N’est-il pas plus sensé d’engager en temps de crise des politiques de relance, d’investissement et de soutien à l’économie plutôt que des politiques d’austérité dont le FMI est si friand et dont l’exemple grec a fini de démontrer l’inefficacité ?

En tout cas, s’étant résolus à mettre en œuvre des politiques d’austérité, les Chefs d’Etat de la CEMAC doivent se limiter à une austérité ciblée et intelligente qui conduirait par exemple à :

  • Réduire le train de vie des Etats ;
  • Réduire la taille des institutions (nombre de ministres, députés, sénateurs, conseillers, etc.)
  • Supprimer les institutions en doublons, inopérantes ou inefficaces ;
  • Reformer les systèmes fiscaux pour améliorer la collecte ;
  • Limiter les dépenses de représentation ;
  • Revoir le système de subvention pour n’en garder que celles qui ont une utilité sociale ;
  • Limiter les dépenses d’investissement aux seuls projets sociaux et structurants ;
  • etc.

Mays Mouissi

Source principale :

  • Communiqué final du Sommet extraordinaire des Chefs d’Etats d’Afrique Centrale sur la situation économique et monétaire de la zone CEMAC du 23 décembre 2016
Vous avez aimé cet article? Encouragez nous et partagez-le sur vos réseaux sociaux.

Mays Mouissi

Pour les renseignements biographiques se reporter à la page "A propos".

Vous aimerez aussi...